Les vrais chiffres du bilan du Président Hollande
- André Touboul
- 4 oct. 2017
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Le bruit courrait il y a quelques années que les visiteurs du Ministre des Finances pouvaient admirer dans son antichambre un superbe tableau 19ème représentant "la cueillette des poires". On ignore le sort actuel de cette œuvre impérissable, mais l'activité de la maison n'a pas changé. Le Ministère des Impôts, rompant avec une longue tradition d'opacité, socle commun à toute l’Administration de son pouvoir absolu sur les citoyens non-informés, vient de reconnaître ce fait en publiant des statistiques inédites sur les prélèvements fiscaux.
Beaucoup croyaient que si par inadvertance il parvenait au pouvoir, Monsieur Mélanchon mènerait une politique confiscatoire. Comparé à François Hollande, il eût été un enfant de chœur. Les amis politiques du Président sortant l'appelaient Culbuto ou Fraise des bois. Ce monarque-républicain, mériterait plus justement le surnom d'Ubu-roi dont on se souvient du terrible croc à phynance. Moquerie pour moquerie, car le Président sortant, sous une allure bonasse, s'est abondamment joué des Français en leur faisant croire qu'il menait une politique équilibrée de centre Gauche, parlant de pause fiscale, alors qu'il matraquait les "riches" comme jamais.
On s'en doutait, mais désormais à l'heure du bilan quinquennal, les preuves sont là, officielles, irréfutables. L'IRPP, ce centenaire, deuxième ressource budgétaire de l'Etat après la TVA, a crû de 40 % sous François Hollande, et là est l'aveu, c'est moins de 2% des contribuables qui ont supporté 40% de cet impôt. En Allemagne, pratiquement tous les foyers fiscaux y sont assujettis, contre 45% en France, car on y relève périodiquement le seuil de non-imposition, terrible aveu que de plus en plus de ménages sont dans l'incapacité de contribuer aux charges publiques.
Dans la France de Hollande on est riche quand on déclare plus de 100.000 € de revenus par an. Moins de 5.000 € par mois chacun pour un couple, c'est moins que les fameuses IRFM des parlementaires, indemnités représentatives de frais de mission contre lesquelles on ameute l’opinion publique. Ce sont des broutilles en comparaison des pourboires royaux que certains perçoivent pour faciliter les entreprises de potentats étrangers dégoulinants de millions. Mais silence... De cette malhonnêteté on ne parle pas.
Quand il disait "je hais les riches", François Hollande ne mentait pas. L'ennui est qu'il méprisait aussi les "sans dents". Il serait cependant injuste de faire supporter toute la responsabilité de l'état de la France par un seul homme. C'est l'ensemble de l'élite bureaucratique dont il n'est que l'incarnation qu'il faut incriminer. Celle qui professe que la fortune des Français est inépuisable, que l'on peut sans conséquence les pressurer à l’infini, et dans le même temps se servir du caviar à la louche. Les biens publics sont à leur disposition, les présidences des entreprises contrôlées par l'Etat leur sont réservées, comme celles des grandes banques... Moi, Président Hollande a été disqualifié, mais ils sont toujours là.
De cette situation on peut tirer plusieurs enseignements et un fol espoir.
D'abord, la politique de François Hollande, malgré ses "tournants" et ses contorsions, n'a pas inversé la courbe du chômage de masse. Elle a accru la quantité de pauvres. L'emploi est désormais une ressource rare à partager. Donnez à un Hiérarque la gestion du sable au Sahara, on ne tardera pas à en manquer, car sa vocation est d'organiser la pénurie.
Le chômage généralisé n'est pas qu'une statistique, il est en lui-même un appauvrissement et une régression de la société. Ainsi le hollandisme a appauvri les pauvres et les classes moyennes sont devenues pauvres. En votant France Insoumise ou Front National, quatorze millions sept cent mille voix ont crié non à une société dans laquelle ils ne se reconnaissent pas et ne voient aucun avenir. D'évidence, il est plus gratifiant de gagner correctement sa vie et payer raisonnablement de l'impôt que d'être exonéré à vie et assisté pour toujours. La misère morale de l'absence de reconnaissance sociale et le sentiment d'inutilité conduisent toujours aux pires des extrémités.
Enfin, contrairement à ce qui a été affirmé pendant des années, les "riches", les vrais, déclarant plus d'un million de revenu, ont réellement déserté la France, au rythme de plus de 10.000 foyers fiscaux par an, reconnaît Bercy, un record mondial. Cet exploit n'a enrichi personne et achevé de ruiner le pays. Signe de décadence, ce sont des hyper-riches venus d'ailleurs, et des footballeurs milliardaires, gladiateurs modernes qui remplacent les forces vives de notre économie. La créativité économique de ces "investisseurs" et “vedettes“ exotiques est nulle. L'argent qui est un bon serviteur mais un mauvais maître, n'est pas venu pour nous servir, mais nous rendre dépendants. Leur patriotisme économique que naturellement ils réservent à leurs propres nations ne nous profite en rien. Tel est le vrai risque de soumission qui nous menace, il est plus réel que celui imaginaire et redouté par Houellebecq de prise du pouvoir par un intégrisme islamique pour lequel l’immense majorité des Français n'éprouvent qu'antipathie.
Loin de réduire les inégalités, Hollande et consorts les ont aggravées. "Merci pour ce moment", est-on tenté de soupirer. Mais si Hollande est parti, nous ne sommes pas libérés de ceux qu'il représentait. Après un bref interlude où ils léchaient leurs plaies, le souffle de leur démagogie se propage à nouveau à travers les médias. Sous prétexte de défendre les plus démunis, ils font tout pour en accroître aussi bien le nombre que la dépendance. Ils croient encore que ceux qu'ils persistent à appeler les moins favorisés constituent leur fonds de commerce. Les dernières consultations électorales auraient pourtant dû les persuader qu'ils les avaient perdus, et que c'est à jamais car, c'est un fait acquis, ils ne sont plus dupes de leurs simagrées.
La soudaine franchise du Ministère des Finances laisse cependant entrevoir une lueur d'espoir. Sa publication ne serait-elle pas une opération préparatoire à la réalisation d'une promesse d'Emmanuel Macron quant à la réforme de l'ISF?
Cet impôt auquel moins de 1% des Français sont assujettis aggrave l'iniquité de l'IRPP en soumettant au prélèvement à vie des revenus qui ont déjà été lourdement taxés.
Douze pays européens, dont la Suède, le Danemark, l'Allemagne et l'Espagne, y ont renoncé. Sans doute parce qu'il n'est pas sans influence dans la délocalisation des entrepreneurs, tout aussi préjudiciable que celle des entreprises et parfois en est la cause. Mais nos Inspecteurs des Finances oseront-ils affronter le mur des bien-pensants qui préfèrent accroître le nombre de chômeurs et des nécessiteux plutôt que de faire des cadeaux aux patrons et aux riches ? Il leur faudrait opérer une révolution culturelle, et beaucoup de courage car les chemins de la rédemption sont escarpés.
André TOUBOUL
4 octobre 2017