LAPIS LAZULI
- André Touboul
- 22 déc. 2017
- 14 min de lecture

Ô Jérusalem !
Si je t’oublie, Ô Jérusalem, que ma main droite se dessèche ! Disait le prophète Jérémie pendant l’exil à Babylone, à ces déportés qui prirent alors le nom de Juifs. Le peuple d’Israël n’a jamais eu d’autre capitale. Chaque année lors des fêtes de Pâques, dans toutes les familles un vœu est répété depuis deux mille ans : "cette année ici, l’année prochaine à Jérusalem". Nier ce fait est refuser aux Juifs le droit d’exister, où qu’ils soient dans le Monde. Mais cette Jérusalem rêvée appartient à qui le veut. Chrétiens et Musulmans ne se sont pas privés d’en faire une ville sainte, d’une importance incommensurable, mais peut-être pas jusqu’à devenir fondatrice d’une identité.
S’agissant des États, c’est à dire de la souveraineté et des frontières, la question est différente. Il ne peut y avoir qu’un maître sur un même territoire. Mais justement, ce fait incontournable devrait conduire Israël à reconnaître la loi des Palestiniens sur la partie est de la ville qu’ils occupent. Simplement parce que se voulant un État Juif, il n’a rien à faire là où les Juifs ne sont pas majoritaires, sauf à abandonner son idéal démocratique, et transformer le peuple élu en oppresseur, un rôle qui lui va si mal.
Alors Trump ? Ce qui est une évidence devient une provocation quand il s’en mêle. Avec un tel ami, on n’a plus besoin d’ennemis.
Et puisqu’on y est, la colonisation ? Tout bien considéré, il s’agit en définitive de la constitution d’otages dans des territoires qui, un jour ou l’autre, seront palestiniens. Stratégie discutable.
Un Juif qui vit hors d’Israël a-t-il le droit d’émettre une opinion ? Sans doute, car les derniers temps ont montré que même en France on peut mourir simplement parce que l’on est Juif.
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Le Juif errant, où est l’erreur ?
Que cherche le Juif errant ? Certainement pas la rédemption d’un hypothétique péché, comme on le croit depuis des siècles dans la chrétienté, cette secte dissidente du judaïsme, qui n’a jamais réussi à dépasser le fait incontournable et impardonnable que sa religion fut fondée exclusivement par des Juifs qui pensaient un peu différemment des autres.
Peut-être est-il en route vers une Terre promise et sans cesse refusée. Mais cette Terre existe, et ce ne serait pas errer que tenter de s’y rendre.
Peut-être faut-il voir dans cet éternel vagabondage une habitude contractée durant les quarante années d’errance dans le désert sous la conduite de Moïse. Un sacré guide mais dénué de sens de l’orientation, il ne faut pas quarante ans pour traverser le Sinaï à moins de tourner en rond. Ou alors, dans l’attente de quoi ? Et pour rechercher quoi ?
Très simplement, les Hébreux étaient en quête de leur identité en tant que peuple. Ils attendaient de recevoir leur Loi, gage d’immortalité.
Cette épreuve est commune à tous les humains. La recherche individuelle et permanente de l’identité, initiée depuis et même avant la naissance, se poursuit pour chacun jusqu’à la mort, moment d’éternité. Les réponses que nous recevons sont toujours provisoires. Ce sont elles qui fondent nos certitudes, nos lois intimes. Le bien et le mal que nous découvrons peu à peu en nous et que seuls les philosophes fatigués disent dépassés. Ceux qui cessent de tâtonner ne sont plus humains. Ils sont dominés par la mécanique de leurs convictions pétrifiées. Privée du libre arbitre, la vérité cesse d’être une quête pour devenir un joug, l’homme n’est plus qu’un robot. Il a l’apparence de l’humain, mais n’est déjà plus qu’une épitaphe.
Car l’identité, dont la quête est le vrai sens de la vie, n’est pas l’identitaire. Elle est individuelle et si elle plonge ses racines dans un terreau ancien ses fruits inattendus sont les promesses du futur. No futur ? Ceux qui n’en ont pas ne sont rien. Ils connaissent la date de leur mort, c’était hier.
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Macron évoque le problème de la déontologie au sein de l’audiovisuel public qu’il qualifie de “honte de la République“, encore un dérapage ou une prise de conscience salutaire ?
Il y a des journalistes militants, mais aussi des professionnels de bonne foi dont le tort est d’avoir été de bons élèves qui ont parfaitement assimilé l’enseignement des écoles de journalisme.
Cette doctrine autorise et même incite l’interviewer à laisser paraître son opinion dans ses questions et tenter d’imposer une réponse afin de déstabiliser l’interlocuteur et lui interdire la langue de bois.
S’il est des acteurs de l’actualité qu’il faut bousculer pour en faire émerger la vérité, ce procédé utilisé abusivement est responsable du discrédit qui atteint la Presse dans son ensemble. L’auditeur, le téléspectateur n’apprécie pas les agresseurs.
Nombre de professionnels en ont conscience mais, ils continuent à y avoir recours en raison des copinages ou même des concubinages entre politiques et journalistes, situation qui pousse ces derniers à tout faire pour masquer cette réalité dérangeante et contre nature.
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Des nouvelles de notre élite. L’élite méritocratique française procède comme un essaim ou un banc de poissons, ou une colonie de fourmis. On pense au PSO (Particle Swarm Optimization), un algorithme fondé sur la collaboration entre les individus. Cette méthode d'optimisation se base sur la collaboration des individus entre eux. Elle a d'ailleurs des similarités avec les algorithmes de colonies de fourmis, qui s'appuient eux aussi sur le concept d'auto-organisation. Cette idée veut qu'un groupe d'individus peu intelligents peut posséder une organisation globale complexe.
En fait, l’inverse est concevable. Un groupe d’individus très intelligents peut adopter une organisation idiote, et curieusement c’est l’option choisie par notre inimitable élite.
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A ce que l'on dit, le lapis lazuli stimule la créativité, et contribue à l'élévation de l'esprit en rendant le mental plus clair et plus concentré.
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1er/12/2017 - Chez les Scouts chacun a son totem. Pour les 5000 celui des grands patrons est le caméléon. Quelques soient les conditions, ils s’adaptent et se fondent dans le paysage. Il faut parfois avouer qu’ils ont parfois des maux de tête quand ils sont soumis à la douche écossaise.
Les communicants ont pour animal référent le perroquet. Ils en possèdent les belles plumes colorées, le don de la parole, et la manie de répéter ce qu’ils entendent sans toujours comprendre ce qu’ils disent.
Les fonctionnaires sont des régisseurs. Ce n’est pas un animal dira-t-on !
Certes, et s’il en faut un on choisira le féroce glouton. En effet, l’abus de pouvoir et des biens publics est la légion d’honneur du bureaucrate. Il engloutit par l’impôt tout le fruit des efforts de la population dont il vit aux crochets, en véritable tyran.
Restent les élus, les politiques, ces alpinistes qui sont censés montrer le chemin, leur totem est le rapace car ils volent haut, voient plus loin et mieux que tout le monde, mais rien n’échappe à leur voracité, et aussi ils se nourrissent de petites proies ou parfois de cadavres.
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S’adressant aux maires Emmanuel Macron promet de collaborer avec « ceux qui savent ». Nombre de maires reçoivent cette promesse comme un vrai changement mais n’y croient pas tel Vanik Berberian, Président de l’association des maires ruraux, y voyant une incompatibilité avec ce qu’est la Haute Administration.
Si Macron ne crée pas de lien direct entre lui et les forces vives du pays que constituent les classes moyennes, il restera l’otage des hauts fonctionnaires. Et dans ce cas il échouera, car la bureaucratie est une maladie mortelle à laquelle jamais dans l’histoire du Monde aucun régime n’a survécu.
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17/11/2017 - En même temps. Avec un sourire ou très sérieusement les mots les plus prononcés en France, à tout propos et hors de saison, sont le “en même temps“ d’Emmanuel Macron. Ce mantra concerne la prétendue compatibilité entre les idéologies de Gauche et de Droite. Car, sauf pour les décérébrés façon grenouilles sur les paillasses de sciences naturelles, ce sont des idéologies, c’est-à-dire des ensembles cohérents d’idées qui composent une vison de la vie et servent de critère du bien et du mal.
La Gauche, c’est l’individualisme sociétal (liberté des mœurs, droits de l’homme), et le collectif en économie (solidarité, redistribution, égalitarisme). La Droite, à l’inverse, privilégie la collectivité notamment familiale et nationale dans la société et l’individualisme économique que l’on appelle le libéralisme.
Être “en même temps et de Gauche et de droite“, comme le prétend Emmanuel Macron est impossible si pour un même domaine la société ou la production/consommation de richesses on prétend aller dans deux directions opposées. Il est toutefois concevable d’être intégralement individualiste ou totalement collectiviste.
S’agissant du collectivisme absolu l’expérience soviétique en a montré les limites, n’en disons pas plus. Mais qu’en est-il de l’individualisme total ? Cette idéologie existe, elle porte un nom, celui de libertarienne. Son représentant saillant en France est Gaspard Koenig. Cette doctrine, dont l’Américain Charles Muray est la figure la plus éminente, est anti collectiviste. Pour elle tout ce qui est individuel est bon. L’idéal libertarien est la disparition complète de l’Etat. On compte sur l’individu pour faire spontanément ce qui est bien ; par exemple on laisse les portes des prisons ouvertes.
Certains y voient une ébouriffante modernité. L’un des effets de la mondialisation et de la révolution informatique conjuguées est d’abolir les frontières et par le fait de libérer les individus et d’offrir une place plus importante à l’initiative individuelle.
En France, où l’Etat adipeux occupe une place éléphantesque, une cure d’amaigrissement du collectif ne serait pas une mauvaise diététique. Si l’on met à part les hurluberlus qui veulent aujourd’hui encore plus de collectif donc plus de bureaucratie et moins de liberté, il n’est pas absurde de se faire guider par une pensée qui tend à diminuer le rôle de l’Etat centralisateur. En somme revenir à une conception plus horizontale de la politique entendue comme ce qui relie l’économie et le social.
C’est cette perspective moderne qui a été vendue par Emmanuel Macron aux suiveurs d’En Marche. Mais que constate-t-on ?
Le macronisme est dans les faits un retour à la verticalité. Dans la vie politique, tout procède du Président. Il n’y a aucune initiative, aucun pouvoir, aucune pensée hors la sienne. Les militants sont des moutons, on sait qu’ils ont été sélectionnés pour leur inexpérience et leur docilité. Les Régions renforcées sous Hollande sont remises sous tutelle financière et il est prévu de les éliminer dans le débat des élections européennes, ramené au plan national.
En Marche se rêve un Parti comme un autre, mais il n’a aucune idéologie, aucune autre référence que la pensée du chef. En ce sens, le macronisme est un totalitarisme. Bien entendu, même quand il impose leur dirigeant aux membres de son parti, Emmanuel Marcon n’est pas un dictateur. Il n’en a ni le charisme ni la volonté. Il est simplement le réglage “par défaut“ que la Garde prétorienne de l’Inspection des Finances a mis en place pour occuper un trône en déshérence.
Mais fait inédit, on découvre que Macron est son propre théoricien, il ne s’appuie que sur lui-même. Plus singulier encore, le relais de sa pensée n’est pas assuré par ses partisans qui ne savent que répéter le “en même temps“, et le “et de Droite, et de Gauche“, ce qui au fond ne fait qu’affirmer la persistance de ces sensibilités que l’on dit dépassées. Leur ultime leitmotiv est de parler de l’ancienne politique pour la dénigrer, mais l’on cherche vainement en quoi consisterait la nouvelle et surtout quels en seraient les fondements théoriques. Tout au plus, il s’agit de solder les comptes largement débiteurs de la génération des soixante-huitards qui après les pavés a vite découvert la plage, puis l’âge venant les pantoufles.
Emmanuel Macron, marchait seul, le soir de son élection. Il continue. Même ses commanditaires, les prétoriens restent discrets, drapés dans leur anonymat, fidèles à leur tradition et, disons-le, leur manque de courage. Au fond, ils ont remplacé une classe politique toute entière par un seul homme. Notre Président a fait sentir la vigueur de sa poigne à Donald Trump, mais, Dieu qu’il paraît frêle d’épaules pour jouer le rôle d’Atlas qui porte la voûte céleste sur les siennes.
Déploration du brouhaha. Alexandre Soljenitsyne réfugié aux États-Unis, patrie de la liberté d’expression, à qui on demandait si cela avait changé sa vie, répondît après un bref temps de réflexion : "En fait, pas du tout, en URSS je ne pouvais rien écrire sans l’accord du Parti, mais en vérité chacun savait ce que je pensais ; ici tout le monde peut tout dire, mais personne n’écoute".
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La Patrie en danger. Il paraît que certains enseignants refusent désormais la langue de Molière telle qu’elle est, coupable à leurs yeux de préférence sexiste et que même le Président Macron qui s’adresse volontiers à « ceux et celles » qui l’écoutent ferait une ouverture vers l’inclusivité... sans doute au nom du sacré « en même temps ».
Emmanuel Macron aurait tort de prendre la langue française à la légère. Les Français sont sans doute prêts à accepter biens des changements qu’on les nomme réformes ou transformations et même pompeusement révolution. Ils ne sont pas disposés cependant à se laisser dépouiller de leur identité française. Cette profondeur de l’âme d’un pays qui en fait une nation est chez nous la langue et l’amour que nous lui portons.
Le prétexte de l’égalité des sexes est fallacieux. La cause est juste mais la violence faite à la langue est absurde. Elle relève de la même idiotie que celle qui a prôné un temps l’apprentissage de la lecture par la méthode globale et proscrit l’approche syllabique avec les résultats que l’on sait. Seul l’analphabétisme a progressé.
Que le masculin l’emporte sur le féminin dans les accords d’adjectifs est une règle qui permet des nuances dans l’expression et n’implique rien d’autre. Prétendre le contraire conduira à mettre en examen tous les noms communs et s’interroger sur leur connotation positive ou négative. On condamnera « une catastrophe » et soupçonnera « un courage». Bien des mots ont hésité entre masculin et féminin, entre singulier et pluriel. On dit « un amour éternel », mais aussi « des amours passagères » ... faut-il supprimer ces expressions pour cause de sexisme ?
La langue française est au dessus de ces puérilités. Nous n’accepterons jamais de mettre son harmonie à la torture. Elle est héritée de l’immensité de la littérature, qu’il est insupportable de voir bafouée par des apprentis sorciers.
À force de négliger le corps enseignant, nous avons laissé y prospérer quelques ignares qui ont décidé de politiser notre patrimoine culturel en le dynamitant. Déjà mise à mal par les # , les tweets, les SMS, la langue française n’avait pas besoin de ce sale coup. Ce sabotage participe d’un lavage des cerveaux qu’il faut être aveugle pour ne pas voir la finalité... celle qu’Orwell dénonçait dans « 1984 » où la Novlangue délibérément appauvrie formate les esprits et les amoindrit pour les rendre plus obéissants. Aux armes citoyens ! Refusez de lire ceux qui mettent la Patrie en danger... car notre Patrie, c’est d’abord notre langue.
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Qui a vécu par l’épée... périra par l’épée, peut-on lire dans l’Agamemnon d’Eschyle. L’apôtre Mathieu replace la même prédiction dans la bouche de Jésus. Cet adage, de nos jours, n’a plus cours.
Les 5000 ont porté Macron au pouvoir en éliminant Fillon grâce à l’affaire des emplois familiaux d’attachés parlementaires habilement montée en épingle. D’autres comme Bruno Le Roux, Ministre de l’Intérieur, Michel Mercier, Sénateur pressenti pour le Conseil Constitutionnel, les Ministres Modem, François Bayrou, Marielle de Sarnez, et Sylvie Goulard... ont été sacrifiés, égorgés sur l’autel de la moralisation. Une loi a dû être votée dans la honte, et maintenant c’est le Président de l’Assemblée Nationale François De Rugy qui est épinglé pour emploi familial croisé désormais prohibé. Sa défense est pitoyable : c’est la mère de ses enfants qui en profite, mais il n’est pas marié, et même séparé !! Il faut croire que le Président de l’Assemblée ne concourt pas à l’entretien de ses enfants, puisqu’il n’y voit aucun intérêt personnel.
Mais que l’on se rassure, tout cela n’ira pas loin, pas plus loin que l’affaire Richard Ferrand. Ce sont des coups d’épée dans l’eau.
Apologie du neutre. La féminisation des noms de profession est censée mettre fin à une domination du masculin sur le féminin. Cette violence infligée à la langue française est une aberration. C'est laid et surtout une absurdité, car sexiste. En effet, il n'y a aucune raison de distinguer un médecin selon qu'il est du genre masculin ou féminin... et il est impossible de transformer un médecin en une médecine. La place est prise. Ajouter un "e" est une greffe qui non seulement ne prend pas, mais souligne une "petite différence" entre les sexes qui est sans remède... en tout cas acceptable. Et autre exemple, comment ne pas être sensible à la condescendance de ceux qui pour désigner une femme gendarme nous parlent d'une gendarmette. Les fonctions et les métiers n'ont pas de genre ; de fait, ils sont neutres. Personne ne serait déshonoré de le reconnaître et cela éviterait de sombrer dans le ridicule en se cassant les dents sur une écriture prétendument inclusive et franchement illisible. Que fait l'Académie française ? Elle condamne et dénonce un "péril mortel". La police de la langue est son métier, sa raison d'être. Mais pour la féminisation des noms de fonctions elle a laissé faire. Il était à prévoir que les djihadistes du verbe ne s'en tiendraient pas là. Aujourd'hui trois cents maîtres d'école déclarent refuser d'enseigner la règle qui veut que le masculin l'emporte sur le féminin. Il aura suffit de deux ou trois fonctionnaires, illustres inconnus qui n'ont jamais rien écrit d'utile à la culture, pour assassiner les quarante immortels. Ils sont désormais condamnés à errer dans l'enfer dantesque des litterateurs inutiles en compagnie de tous leurs prédécesseurs qui ne leur disent pas merci.
Le dernier parpaing du mur de Berlin est tombé sur le pied de Mélanchon, depuis il braille.
Pensée ringarde contre page blanche. Entre Mélanchon et Macron il n'y a pas seulement une différence de diagnostic sur les solutions politiques, c'est leur entier mode de pensée qui les sépare. Le premier nommé ne comprend la réalité qu'en termes dialectiques d'opposition des contraires, lutte des classes, combat des pauvres contre les riches, affrontement des uns contre les autres d'où ne peut émerger qu'une philosophie de la haine. Ce paradigme du conflit a produit l'idéologie marxiste et le darwinisme social de Spencer, précurseur de la compétition des races. Il a dominé le XXème siècle, accompagné des atrocités que l'on sait. Il est aujourd'hui dépassé, ringard, sans toutefois être remplacé. La pensée d'Emmanuel Macron est différente. Il conçoit le réel en termes de cohésion et de convergence d'intérêts. Tel est sans doute le sens de son "en même temps de Gauche et de Droite". La substance des relations sociales est, pour lui, une communauté où de par une dynamique inclusive tous les acteurs sont liés les uns aux autres en un destin commun qui implique la nécessité d'une collaboration respectueuse de l'identité de chacun. En cela, il rompt de manière catégorique avec un mode de pensée obsolète qui a prouvé sa nocivité. En cela, il offre une alternative au désarroi intellectuel de notre époque où nombre de bons esprits ne peuvent plus se satisfaire du matérialisme historique de Marx, mais sans oser abandonner ce dogme absolu du siècle passé. Ne rêvons pas, il ne propose pas une idéologie nouvelle, tout au plus un permis de penser hors des clous. Iconoclaste, Macron l'est parce qu'il ouvre une page blanche ! Maître à penser ? Loin s'en faut. La cohérence et l'universalité lui font défaut.
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L'affaire de la croix de Ploërmel : En gardien autoproclamé de la laïcité, le Conseil d'Etat se couvre une nouvelle fois de ridicule. Se permettant de juger de la régularité administrative d'actes de nature politique comme ceux concernant les burkinis ou culturels comme les crèches de Noël, il vient de s'autoriser à déclarer hors la loi républicaine, car trop grande, une croix qui surplombe une arche sous laquelle est érigée une statue de Jean-Paul II. Pas de signes religieux dans l'espace public. Bon. Encore que ce principe n'implique pas que l'on détruise les cathédrales. Mais exiger que l'on prive un pape de sa croix, est saugrenu. Plus obtus encore est de prétendre occulter que c'est en se réclamant de sa religion que Karol Wojtyla a contribué à la chute du mur de Berlin.
Cet épisode illustre, de fait, que le Conseil d'Etat en inventant le concept de "signe religieux ostentatoire" retient l'intention prosélyte comme critère de l'inacceptable. En cela, il commet un contresens. Il est permis à un agnostique de remarquer que proscrire le prosélytisme de l'espace public est une promotion de la conviction de l'athée. Vouloir faire partager sa foi n'a rien de scandaleux. Autre chose est de prétendre l'imposer.
Le Conseil d'Etat montre qu'il est incapable de distinguer entre les actes qui relèvent de l'intention politique attentatoire aux lois de la République et ceux qui témoignent des traditions d'une majorité de la population.
Le burkini, version plage du voile islamique, n'est pas selon nos hauts fonctionnaires une atteinte à l'ordre public, puisqu'il ne crée pas de désordre immédiat. Il viole cependant un principe républicain, car il constitue une marque de soumission de la femme incompatible avec le principe d'égalité des sexes. Interdire les crèches de Noël quand elles sont assorties d'invitation à une pratique religieuse qui ne menace aucune valeur républicaine n'a pas de pertinence. En réalité, le Conseil d'Etat a un siècle de retard, la République n'est plus aujourd'hui menacée par le clergé catholique, mais elle a quelques soucis avec l'Islam politique.
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Les chiffres sont impitoyables. Le matraquage fiscal a commencé sous Sarkozy. Mais il s’agissait alors d’amortir les effets de la crise financière mondiale, l’Octobre Noir de 2008. Les banques, les compagnies d’assurances et même la monnaie étaient en péril. Les sacrifices des Français ont alors été mesurés par comparaison à ceux de la plupart de nos voisins. Au FMI le stupéfiant Strauss-Kahn vantait le rôle d’édredon que le poids du secteur public jouait en France, tout en soulignant son potentiel effet de boulet dans une prochaine reprise économique. Élu pour son allure bonasse, François Hollande aurait pu desserrer le garrot. Pour des raisons idéologiques d’opportunisme manœuvrier qui n’étaient même pas dans ses propres convictions, il a continué à charger la mule. Quand ahuri du résultat calamiteux, il a tenté de faire marche arrière, mais ni son tournant ni lui n’étaient crédibles... et ladite mule lui a décoché un de ses coups de pieds mémorables, aussi terrible que celui que celle du Pape réserva pendant sept ans à Tristet Védène, dont on vit la fumée jusqu’à Pampérigouste, à ce que nous en a raconté Alphonse Daudet dans les lettres de son moulin.
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Les Américains s’indignent de ce que les Russes se soient ingérés dans des élections et notamment, ô horreur, leurs présidentielles. Il faut dire que les États-Unis ne sont jamais intervenus dans aucune élection d’aucun pays de par le Monde...Jamais ! Jamais ?