top of page

Mauvais genre

  • Photo du rédacteur: André Touboul
    André Touboul
  • 19 oct. 2017
  • 5 min de lecture


Si la Civilisation Occidentale a encore un titre de gloire à revendiquer, mise à part la promotion de la démocratie dont elle a tant de mal à convaincre des bienfaits pourtant inégalables, c'est bien d'avoir initié une révolution historique qui met fin à cinq ou dix mille ans de patriarcat en instaurant le principe de l'égalité des sexes. Il est aussi tout à son honneur, et à celui de l'Humanité entière de mener un combat difficile contre des cultures qui y sont encore aujourd'hui largement réfractaires.


Hélas, tout grand mouvement de progrès comporte des excès qui souvent se retournent contre lui, et parviennent parfois à faire douter de son bien fondé. C'est pourquoi il est impératif de les dénoncer. Rien n'est plus stupide, en effet, pour compenser son retard, que de sauter dans le premier train en marche sans vérifier s'il va bien dans la direction que l'on souhaite, et non vers un ailleurs non désiré.


Ainsi, à l'occasion de l'affaire Harvey Weinstein, que l'on dirait caricature de proc si l'on ne craignait de faire injure à la gente porcine, et dont ce que l'on sait du comportement donne envie de vomir, on a plusieurs fois entendu triomphalement déclarer : "la peur va changer de camp!" Adieu la lutte des classes, bonjour la lutte des sexes. Quelle tristesse. Que les femmes n'aient plus honte de se plaindre de la violence qu'elles subissent, bravo et enfin ! Mais transformer cette délivrance morale en une guerre des sexes, décidément non.


Il faut s'y refuser, sans doute parce que le harcèlement est un phénomène transgenre. Certaines femmes peuvent en poursuivre d'autres de leurs assiduités, certains hommes importuner d'autres hommes, comme l'illustre l'épisode Kevin Spacey. Mais surtout parce que la vérité n'est jamais militante. On ne peut lui sacrifier aucune cause politique, si respectable soit-elle. La parole des victimes doit être entendue, mais celle de ceux qu'elles accusent aussi. On le sait pour le témoignage des enfants qu'il faut à la fois sécuriser, mais aussi savoir décrypter. Au demeurant, la honte n'est pas une exclusivité des harcelées. Les victimes d'inceste et aussi quelques hommes battus doivent être libérés de la camisole de silence dont ils se sont parfois eux-mêmes revêtus. Mais les efforts nécessaires pour écarter les complaisances et résistances sociales ne peuvent se traduire que dans une meilleure écoute et ne doivent pas devenir un combat des femmes contre les hommes. Le pire du pire serait que s'instaure une société de la peur où le masculin serait désormais présumé le mauvais genre.


En France, nous en sommes loin. Claquer le string d'une journaliste, à la Sapin, culbuter une femme de chambre, offrir des ébats tarifés en guise de cadeau d'entreprise, comme imposer le voile dans les cités où les filles sont traitées de p** si elles ne sont pas soumises, n'émeut que modérément les féministes du Vieux Monde. Alors que dans le Nouveau, on ne monte pas dans un ascenseur sans s'assurer que l'on n'y sera pas en tête à tête avec une personne du sexe opposé, et qu'il y est recommandé de ne jamais fermer la porte d'un bureau si l'on ne veut pas tomber sous le coup d'une présomption de tentative de viol. Etrange évolution de cette culture qui a inventé l'auto-stop et la liberation sexuelle. Notre culture est celle de la galanterie, mais la vertu du retentissement de l'affaire Wienstein est de rappeler à certains que cette valeur commence par le respect et les égards dus au beau sexe. Toutefois, chacun doit balayer devant sa porte et sortir de certaines ambiguïtés. On disait au siècle dernier que si une dame dit "non", cela veut dire "peut-être", si elle dit "peut-être", cela signifie "oui", car si elle dit "oui", ce n'est pas une dame. Cette époque n'est peut-être pas totalement révolue dans les mentalités.


Quelles sont les limites du harcèlement ? Un regard, une parole, un geste, une insistance, un compliment appuyé, une déclaration ou plusieurs de ces actes et combien... dans le cadre de quelles relations, quelles circonstances...séduction ou droit de cuissage. La lecture dans les médias des accusations publiques de harcelées montre la variété et la subjectivité de cette violence faite aux femmes. Il n'est pas certain toutefois que l'avalanche des révélations d'expériences de gravité très inégale, certaines très anciennes et d'autres saugrenues, ne nuise pas aux victimes plus qu'elle ne les sert. Parfois les mis en cause ont la gueule de l'emploi, d'autres sont surprenants voire improbables. Dans les charrettes pour l'échafaud de la réprobation publique s'entassent des personnalités les plus diverses dont les agissements sont mesurés à l'aune de l'antipathie que déjà elles inspiraient. DSK, Joxe, Beaupin, Ramadan, Lassalle... à chacun sa spécialité. Une curiosité malsaine pousse à s'enquérir : s'agit-il d'un satyre, d'un vieux dégoûtant, d'un dragueur lourdingue... ou carrément d'un violeur ?


Les mouvements "#balancetonporc" ou "#metoo" lancés sur les réseaux sociaux pointent la carence de l'appareil judiciaire qui contraint à des confessions publiques. Mais, est-ce si vrai ? Quand elle est saisie de faits avérés, la Justice française, par ailleurs loin d'être parfaite, sait bien en l'occurrence séparer le bon grain de l'ivraie et réprime sévèrement par des peines de prison (certes assorties du sursis, mais deux ans, c'est dissuasif) le délit de harcèlement moral, dont l'aspect sexuel n'est qu'un des éléments. Les progrès qui restent à accomplir concernent l'enquête. II faut désormais que les plaintes soient effectivement reçues et instruites, mais dans la plus stricte confidentialité tant dans l'intérêt de la victime et des témoins qu'il faut protéger que du présumé coupable. Il n'est, en effet, pas de bon aloi de transformer les médias en tribunaux, voire en pilori, sans aucune des garanties que doit la Justice à tout un chacun, y compris ceux qui sont les plus en vue.


La notoriété n’est pas un sauf conduit pour l’inconduite, mais elle peut devenir un passeport pour l’opprobre.


L’acharnement à l’encontre d’un Polanski ressemble plus à une chasse à l’homme qu’à une indignation légitime, car il rappelle qu’il existe aussi des hommes piégés. Dans les faits, si un Strauss-Khan est un prédateur, Polanski est une proie. Celle d’un traquenard classique organisé pour réclamer une rançon et celle d’un juge américain vindicatif plus en quête de publicité que de justice. Et s’il faut le juger, on ne peut passer sous silence l’assassinat odieux de son épouse enceinte, Sharon Tate... circonstance atténuante ? Peut-être. Et au nom de quel principe, faudrait-il condamner à la mort civile un homme qui chez nous n’est accusé de rien. Étrange et malsaine mécanique médiatique qui dans le même temps assure la promotion d'un Bertrand Cantat, meurtrier avéré de Marie Trintignant... au prétexte qu’il aurait payé (avec quelle monnaie ?) son crime.


Le harcèlement et le viol sont la conséquence de l’image de la femme objet... objet de conquête, de possession...

Mais rien ne serait plus stupide que d’assurer la protection de la femme par une chasse aux sorcières, et un puritanisme obtus. Il faut, sans doute aucun, préférer une promotion active de l'égalité, laquelle passe par le partage équitable des responsabilités, des pouvoirs dans la société et l'équilibre des rémunérations. A cet égard, la féminisation de la magistrature, (80% des diplômés de l'école Nationale de Bordeaux, et 60% des juges) devrait en faire réfléchir plus d'un... il leur faut s'attendre à être jugés par des femmes. Cela peut aussi relativiser le procès en laxisme et complaisance fait à la Justice.










bottom of page