Tordre le cou à l’oiseau moqueur ?
- Martial Murge
- 8 janv. 2018
- 3 min de lecture

Nos contemporains tweetent et retweetent, à qui mieux mieux. Ce gazouillis est un bruit de fond social où s’expriment les pulsions de tous ordres. On peut comprendre l’utilité de cette tragi-comédie qui purge les excès de bile et toutes sortes d’indignations, parfois dans la dérision, souvent avec agressivité, et rarement de façon mesurée.
Il y aurait peu à dire de ce phénomène qui permet à quelques célébrités d’entretenir leur notoriété, si désormais les pouvoirs publics par contamination ne participaient à ce mode de communication qui abrège, appauvrit, parfois dépasse la pensée et produit dans l’urgence des raccourcis navrants. “La brièveté est sœur du talent” a écrit Anton Tchékhov, mais ils ne sont pas du même père quand la hâte favorise l’absence de réflexion. Les comptes Twitter sont plus souvent qu’à leur tour sans provision.
On peut s’étonner qu’un Préfet estime nécessaire de tweeter pour “condamner” l’agression d’une violence inouïe de deux fonctionnaires de police. Impossible, en effet d’imaginer qu’il ait pu l’approuver, ou la juger excusable. Ce qui va de soi est inutile, et celui de qui l’on attendait des explications, ne se manifeste que pour enfoncer une porte ouverte. Réduite à de misérables copeaux par le format de ce média, la langue de bois donne plus encore que dans sa version classique la mesure de l’impuissance des autorités publiques. C’est peut être un moment de vérité, mais de ceux dont il serait préférable de s’abstenir.

Il est tout aussi déplorable que les Ministres rendent publiques par ce moyen trivial leurs initiatives, comme Mme Schiappa qui somme le CSA de sanctionner un humoriste coupable d'une blague lourdingue sur la femme aux yeux au beurre noir, faisant de l’emblème de Twitter, oiseau moqueur par vocation l’auxiliaire de la censure, Anastasie, la dame aux grands ciseaux.
Et que dire de notre Président qui lui aussi se croit obligé d’y aller de ses commentaires à chaud sur tout et n’importe quoi, de sorte qu’il lui sera difficile à l’avenir de prendre un recul nécessaire sur les événements, car le système est boulimique, accoutumé à une nourriture, il en demande toujours plus.
Le tweeteur dégaine son tweetoosse comme à OK Coral, et souvent se tire une balle dans le pied. Les Luky Luke sont rares.
La sagesse populaire recommande de tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de donner son avis, mais c’était avant que la technique assure la communication en temps réel. Sitôt dit, sitôt rendu public. C’est le règne de l’irrattrapable. Alors, il faut bien se rabattre sur des vertus compatibles avec ce mode d’expression... la spontanéité gage de sincérité est devenue essentielle. Il est désormais plus important de réagir avec ses tripes que de faire part de réflexions construites, ou de fournir de vraies informations.
Peu importe que leurs piailleries s’envolent sitôt émises, les réactionnaires de Twitter (comment appeler autrement ceux qui ne font que réagir ?) sont tous impeccables. Une exception toutefois en la personne de Donal Trump, car tous ceux qui trouvent cette pratique furieusement moderne ne se privent pas de couvrir d’opprobre et de ridicule le Président américain qui a la faiblesse de s’y adonner. Tel un Pape qui fulmine des bulles, il tweete à tort et à travers, et ses sorties sont frappées du sceau de la sottise.
Mais rien à craindre de tel dans notre beau pays. Il est vrai qu’a l’instar du nuage radioactif de Tchernobyl, les effets débilitants inséparables de la pauvreté inhérente aux #160 signes (portés en 2017 à 280 signes), s’arrêtent net à nos frontières.
On ne propose pas ici de tordre le cou à l’oiseau moqueur, mais en ce qui concerne nos officiels, il faut leur conseiller un moderato cantabile. De la retenue, de la perspective et leur parole y gagnera en autorité. Par les temps qui courent cela ne sera pas un luxe.