Encore Onfray, le mythe de la décadence.
- André Touboul
- 11 juin 2018
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Michel Onfray est "le philosophe à la mode", il se satisfait de cette étiquette qui pousserait d’urgence n’importe quel auteur raisonnable au suicide. Avec un talent incontestable, il agite des noms comme si l’on pouvait parler des acteurs de la pensée comme des peoples, et de leurs idées à la façon de régimes minceur. Les plus superficiels des commentateurs ne se préoccupent que de savoir s’il est de gauche, encore de gauche, toujours de gauche, ou déjà de droite... un peu ou beaucoup.
De tout ceci, on se moque. Ce qui importe est sa thèse sur la décadence de la Civilisation Occidentale. Décadence est le titre d’un de ses ouvrages. Le sentiment que l’on en tire est qu’il est tentant de se rendre important en invoquant le tragique. Tous ceux qui s’intitulent philosophes sans l'être ont une vocation de Cassandre. Mais la question est trop importante pour que l’on puisse l’évacuer sans examen.
En matière de civilisation, le critère de jugement de santé est comme pour toute organisation son adaptabilité. Une civilisation est condamnée à la disparition, non pas quand elle devient incapable de supporter les coups de boutoirs des barbares, mais, bien avant, lorsqu’elle devient inapte à se réformer. Une civilisation peut avoir des tares, elles en ont toutes, l’essentiel est dans leur capacité à les dépasser.
La Civilisation Occidentale, on devrait dire, la Civilisation, non qu’il n’y en ait pas d’autres, cette croyance naïve du 19ème siècle a disparu au 20ème. Mais les autres pour turbulentes qu’elles soient, ne font que se rigidifier et s’acheminent vers la raideur cadavérique.
La force vitale de la Civilisation Occidentale est sa plasticité. Elle absorbe les innovations, les révolutions technologiques avec un appétit gargantuesque.
Certes, elle présente des aspects sombres et des perspectives menaçantes.
La société de consommation est un enfer, mais préférable à celle de la misère, fusse-t-elle agrémentée de consolations métaphysiques. La technologie galopante porte en elle ses dangers qui vont jusqu’à faire craindre l’extinction de l’espèce dans une apocalypse transhumaniste. Mais quelle autre civilisation pourrait-elle générer des réflexes salvateurs ? Et nulle part sur la planète, dans aucune autre société, l’individu ne peut espérer jouir d’une égale liberté, ni de comparables opportunités de réalisation.
Parler de décadence, c’est regarder dans le rétroviseur. Et c’est poser en postulat que « c’était mieux avant », alors que tout simplement « c’était différent ». Le déplorer, c’est ignorer que chaque étape de transformation est un abandon et une conquête.
Les prophètes de malheur prédisent la mort imminente de notre Civilisation en répétant pour s’en convaincre le mot de Paul Valery qui disait les savoir mortelles. Mais ses mutations démontrent qu’elle est toujours vivante.
Certes, la Civilisation Occidentale a été bien malade au siècle précédent, elle a été proche du suicide en Europe, mais elle a survécu, et elle a appris. Dire qu’elle est parfaite serait un non-sens, mais elle est perfectible... et pour être franc, cela tombe bien car nous n’en avons pas d’autre.