L’illusion d’être Dieu
- André Touboul
- 11 juin 2018
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La bible de Daesh est un livre dont le titre est clair : le management par la sauvagerie. Tout est dit. Et toute autre considération devient superflue. Dans le phénomène de l’Etat dit Islamique, il s’agit bien d’un combat éthique.
Ce n’est plus seulement la fin qui justifie les moyens, que notre civilisation a rejeté en exigeant que l’on fasse le tri entre les moyens au regard des fins. C’est choisir par préférence les actes les plus ignobles. Il ne s’agit pas ici d’une nuance culturelle, celle d’un folklore où l’on égorge et où l’arme blanche est de tradition, il s’agit d’une déshumanisation délibérée.
On trouve ailleurs ce genre de méthodes qui scelle dans le sang le pacte social par les sacrifices humains, mais ce sont là des crimes rituels, décalés de la vie réelle par la ritualisation et la référence au sacré. Le management façon Daesh, bien au contraire veut faire entrer l’horreur dans le quotidien.
La mort n’est pas suffisante, il faut qu’elle soit affreuse. Nous sommes au-delà des tueurs nazis industriels de l’extermination de masse. Nous sommes même au-delà des enfants soldats d’Afrique dont la sensibilité a été annihilée. Par la sauvagerie, les théoriciens de Daesh veulent gouverner les âmes par la stupeur.
Mais pas seulement. Ils y trouvent aussi une certaine libération, celle des pulsions basiques. C’est en fin de compte cet accès au sublime, au sens littéral, qui fascine les adeptes de cette perversion totale qui donne à des individus médiocres l’illusion d’être Dieu. Quand ils évoquent l’amour de Dieu, c’est avec celui d’eux-mêmes qu’ils veulent se réconcilier.