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La guerre n’est pas déclarée entre Macron et ses parrains, mais de l'eau dans le gaz.

  • Photo du rédacteur: André Touboul
    André Touboul
  • 11 juin 2018
  • 5 min de lecture

La lune de miel entre Emmanuel Macron et ceux (et celles plus rares) qui l’on hissé jusqu'au pouvoir n’a pas duré. De nombreux signes montrent qu’il y a de l’eau dans le gaz.


Le dernier épisode de cette carburation défectueuse est l’affaire qui touche le Secrétaire Général de l’Elysée. Alexis Koehler est mis sur la sellette pour des soupons de conflit d’intérêts. Le détail du dossier n’a pas d’importance au regard de la question politique, encore qu’elle illustre encore et toujours la mainmise de la haute administration sur l’économie et ses relations incestueuses avec le monde des affaires. Au demeurant, l’affaire Koehler sera enterrée, comme l’a été l’affaire François Pérol, devenu patron des Banques Populaires dont il avait connu de la fusion avec les Caisses d'Epargne alors qu'il conseillait Sarkozy à la présidence de la République. Il existe une instance de blanchiment du fonctionnaire dénommée “Commission de déontologie de la fonction publique“, il est prudent d'y avoir recours avant de se trouver en butte aux critiques. Rien de sérieux donc. Toutefois, il est difficile de ne pas y voir un coup de semonce adressé au Président jupitérien de la part de l’élite française de pouvoir et d’influence.


L’élite française de pouvoir se situe quelque part entre la nomenklatura russe et l’establishment anglo-saxon, une sorte d’estabiskatura. A la faveur de la prédominance grandissante depuis 1958 de l’exécutif, de l’accroissement du poids de l’Etat et de l’homogénéisation de sa formation par l’effet d’un recrutement en réseau, le modèle français tend à se rapprocher de l’exemple de la Russie soviétique. Il est structurellement assez semblable à l’organisation chinoise où la caste des « princes rouges » issus du Parti unique entretien un cheptel de milliardaires nécessaires au fonctionnement de l’économie. Une différence substantielle existe néanmoins entre la France et la Chine, car dans ce pays il n’y a pas de passerelles entre les sphères publiques et privées, alors que chez nous la haute fonction publique, la noblesse d’Etat, se réserve ou contrôle encore les postes essentiels de l’économie et de la finance où elle s’offre de lucratifs intermèdes. Ce problème n’est pas spécifiquement français. En effet, au Japon une loi vient d’être votée, dénommée Amakudari. Elle rend illégaux les allers-retours entre les entreprises contrôlées par l’Etat et les postes ministériels. bien entendu, en France, il est hors de question que notre establiskatura s’impose une telle vertueuse discipline.


Autre signe d’exaspération des gardes prétoriens de la République, les comptes de campagne du candidat Macron sont contestés. L’arme favorite de notre noblesse d’Etat est la manipulation du coupe-chou judiciaire, dont elle estime être elle-même immune. Ainsi quand un politique devient gênant une affaire surgit à point nommé de leur boîte à malice. Le Parquet National financier a été institué à cet effet. Et on a pu constater qu’il remplit sont rôle avec zèle. Macron en a profité quand Fillon puis Bayrou en ont fait les frais ; on s’en sert aujourd’hui contre lui. L’agitation judicaire autour de ses comptes de campagne n’empêchera pas Macron de terminer son quinquennat, mais elle sera de nature, pensent ses promoteurs, à l’affaiblir et ainsi le rendre plus docile.


Il faut dire que Macron paraît de plus en plus incontrôlable. Au plan sociétal, on le croyait à Gauche, le voilà à Droite avec la loi portée par Gérard Colomb “Asile et Immigration“, votée en avril dernier. Dans son discours au collège des Bernardins le 9 avril 2018, il assènait : “Je suis, comme chef de l’Etat, garant de la liberté de croire et de ne pas croire, mais je ne suis ni l’inventeur ni le promoteur d’une religion d’Etat substituant à la transcendance divine un credo républicain“. La réplique ne s’est pas fait attendre. Les Franc-maçonnes et les Francs-maçons (sic) présents au Mur des Fédérés le 1er mai 2018 ont pu entendre un discours très offensif et très politique du Grand Maître du Grand Orient de France. “Le discours du Grand Maître Philippe Foussier a été - cette année - une charge forte, politique, contre l'action du Président de la République Emmanuel Macron sur le thème de la laïcité“ peut-on lire sous la plume d’un autre Franc-maçon de haut rang.


Le constat n’est pas meilleur en économie. Trois « tuteurs », autoproclamés, se sont fendus d’une note à l’attention du chef de l’Etat. MM Pisani-Ferry, Martin et Aghion lui enjoignent de gauchiser dare-dare sa politique. Ils se croient autorisés à lui décerner de bons et de mauvais points, le traitant comme un exécutant indiscipliné de leurs vues, au demeurant assez ringardes quand on les examine. L’idée de ces experts qui croient toujours que l'on peut et même qu'il faut subordonner l’économie à la politique, serait de le débarrasser de l’étiquette à leurs yeux infamante de « Président des riches ». Une injonction aussi sotte que grenue car vouée à l’échec et constitutive d’un contresens. En effet, d’une part un quinquennat est trop court pour autoriser la godille ; la marque de ses prémices subsistera quoi qu’il fasse. Et de l’autre les Français n’aspirent pas à plus d’assistanat. Ils veulent être plus riches. Même si c’est un horizon lointain, cet objectif parle à une génération nouvelle convaincue que l'avenir ne lui fera pas de cadeau.


Il est peu probable que Macron se laisse traiter comme le fut Hollande contraint à un « fatal tournant » qui fit hurler à la trahison. Certes en se déclarant et de droite et de gauche Macron s’est avec prudence ouvert toutes les possibilités. Mais il y a peu de chances que Jupiter accepte de se laisser dicter publiquement sa conduite par des économistes qui veulent lui donner des leçons de stratégie politique. La soumission n’est pas dans sa nature.


D’ailleurs de son côté, Macron n’est pas resté inerte. Il a très tôt annoncé qu’il entendait mettre au pas les Grands commis de l’Etat. Le général de Villiers en a été informé dès juillet 2017. “Je n’ai pas de monnaie à rendre“ a confié dans son interview au Point le chef de l’Etat, pour signifier que revêtu de l’onction du suffrage universel, il entendait s’émanciper d’une tutelle illégitime d'où qu'elle vienne.


On se souvient aussi que l’an dernier le Président a tancé ses ministres en leur demandant de ne pas se contenter de régurgiter les notes de leurs administrations qu’il qualifia de « pipi de chat ».


Ses silences ont été tout aussi éloquents. Quand les rémunérations des hauts fonctionnaires des Finances furent pointées du doigt par la Cour des Comptes, l’Elysée n’a pas eu un mot pour défendre ses anciens colégues.


Encore plus récemment l’Ifri a dénoncé les fonctionnaires nababs planqués de l’Assemblée Nationale, qui doublent leur traitement par des primes de nuit quand ils couchent dans leur lit, et tuent le temps à l'Assemblée en faisant des mots croisés et des sudoku. Le mythe de la haute fonction publique insoupçonnable et inattaquable a été battu en brèche. Là encore, le Président n’a fait aucun commentaire. il faut croire que le service de l'Etat n'est plus la mission sacrée qu'elle a été.







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