Le mâle blanc a du vague à l’âme.

Les Présidents ne devraient jamais faire de l’humour, pas même pour rire. Leurs saillies sont toujours prises au pied de la lettre, le plus souvent extraites de leur contexte.
Il y a pourtant des exceptions où une certaine distance est salutaire.
Quand Macron justifie le rejet d’un énième plan banlieue proposé par Borloo en s'interrogeant sur l’incongruité d’une politique décidée « entre deux mâles blancs », il provoque un tollé de tous ceux qui, au demeurant à juste titre, sont allergiques au communautarisme. Le mâle blanc a du vague à l’âme, et Macron lui donne le mal de mer.
On peut s’étonner de ce tangage à contresens, en effet le propos était ironique, et dans les situations tendues, l’ironie est un instrument puissant de déminage.
Il s’agissait là pour le Président d’aborder ces faits qui provoquent des explosions si on les ignore. Même et surtout si certains sont des idées reçues comme celle du « mâle blanc » qui en France est un pur fantasme, les plaisanter est une obligation, car c’est les reconnaître en qualité de faits sociaux sans pour autant les approuver ni les dramatiser.
En parlant à propos de lui-même de « mâle blanc », Macron déjoue la stratégie de ceux qui à longueur de prêche dénoncent « l’injustice » d’une société dirigée par et pour des racistes fonciers.
Richard Rorty, le logicien américain (1931-2007), qui a travaillé sur l’ironie, jusqu’à en faire un système philosophique, soutient que la valeur de vérité d'une proposition ironique n’est rien d’autre que le résultat d'un accord entre les gens concernés par l'énoncé en question.
En s’invitant dans cet accord qui constitue l’armure de combat de ceux qui se disent exclus, Macron ouvre le dialogue. Il semble baisser la garde, mais démontre qu’en réalité le « mâle blanc » est une idée reçue. Et qu’elle n’est que cela.
La seule façon de démonter une idée politiquement correcte est de la pousser au bout de son absurdité.
Il est évident que le Président ne se définit pas comme un mâle blanc pour signifier qu’il ne fera rien pour la périphérie, mais comme un signal qu’il prend en compte les préjugés et mesure la profondeur du fossé à combler entre les banlieues, les cités, les quartiers, comme l’on dit, et la France en son entier qu’il représente.
Il provoque aussi ceux qui agitent ce poncif en les plaçant devant la contradiction qui consiste à réclamer des moyens à ceux qu’ils insultent en les qualifiant de racistes. On ne réclame pas justice à celui que l’on dit injuste.
L’avantage de l’ironie est aussi de ne pas prendre parti. C’est, comme dirait Gaspard Proust un pas vers le faux pour exiger de lui un pas en échange. Admettons que le mâle blanc soit un mal blanc, est-il seul responsable de la bunkerisation de certaines communautés, dans des territoires de non-droit ?
En somme, le discours de Macron à travers ce rejet ironique d’un plan banlieue est facile à traduire. En clair : Que chacun se prenne en main. On n’achètera pas votre soumission à coup de milliards, souvent annoncés, rarement arrivés, et toujours gaspillés. En d’autres termes, le bureau des pleurs est fermé. La volonté de rompre avec la langue de bois se confirme quand dans la même intervention le Président évoque le clientélisme de certains élus qui poussant les hauts cris se disent insultés. Réaction mal venue, car, on le sait, il n’y a que la vérité qui blesse.
On n’avait jamais tenu des propos aussi radicaux, sauf à l’extrême droite. Mais l’univers de Macron est cruel, sans doute parce qu’enfin il correspond au Monde réel.