Voulez-vous jouer avec Moâ-Président ?
- André Touboul
- 11 juin 2018
- 4 min de lecture

François Hollande n’est pas stupide, hélas il ne résiste pas à la tentation de faire des mots. Il ne s’en sort pas indemne, pas plus que de son goût de faire des phrases. Les Hollanderies lui ont valu le Prix 2017 du Press Club pour l’ensemble de son œuvre dont par exemple aurait énuméré Cyrano : ingénu « Toutes les décisions que je prends, je les prends seul avec moi-même, dans un dialogue singulier », ou vachard « Heureusement que Le Canard enchaîné est un hebdomadaire et pas un quotidien, sinon imaginez où on en serait avec Fillon ! », ou encore timide « Aujourd'hui, je suis à deux doigts d'être aimé » et enfin ambigu « Je salue Christiane Taubira... Sa voix peut porter, même quand elle ne dit rien ».
On se demandait s’il avait toute sa tête, ou s’il faisait son intéressant comme aimait à dire le regretté Desproges. Le Moi-Président de la campagne de 2012 a tourné a la clownerie... et ce fut du Marcel Achard : voulez-vous jouer avec Moâ-Président. Un clown triste cependant avec son obsession «d’inverser la courbe (récalcitrante) du chômage», comme si les chômeurs n’étaient que des nombres, perchés sur le fil d’une statistique.
Dans un pays où l’on pardonne tout sauf le ridicule, il aurait pu faire illusion en tirant sa révérence, sur une carrière ratée d’amuseur, avec la considération due aux artistes de variété un peu médiocres. Il a voulu défendre son bilan. L'idée est saugrenue, car il est bien le seul à regretter une présidence qui fut calamiteuse. Le seul "effet Hollande" positif que l'on a pu noter est celui enregistré quand son départ a fait, un temps, reprendre confiance à l’économie.
Il aurait dû sagement se faire oublier. Cela aurait été faire preuve de discernement car la Gauche qu’il prétend incarner n’existe plus. Le Parti Socialiste, grand cadavre à la renverse, selon le mot de BHL, est bel et bien enterré. D'ailleurs Hollande a cloué lui-même son cercueil.
Hélas, trois fois hélas, la vraie nature du "culbuto" est celle d’un esprit nain et vindicatif. Il a fallu qu’il commette un livre à sa gloire. Sa promotion est un prétexte pour exister encore un peu. Et non content de se livrer à cet exercice pathétique où il quémande un reste d’attention, il laisse entendre qu’il pourrait revenir en politique. Avec complaisance, les médias dont la cruauté est sans limite font mine de le prendre au sérieux. Et le voilà, auteur des Leçons du pouvoir, institué en donneur de leçons qui s’enflamme pour commenter l’actualité.
Un cap fatal a été franchi par notre capitaine de pédalo quand il a déclaré que dans la relation Trump-Macron ce dernier serait plutôt le passif du couple. Le bon mot de trop avec lequel il verse dans une vulgarité indigne des fonctions qu’il a occupées. Non, décidément, un ancien Président ne devrait pas dire cela, pas même pour faire le clown. Caramba, encore raté !
Le livre de François Hollande, dont on a des raisons de penser qu’il a été un peu (ou beaucoup) écrit par Laurent Joffrin, est un succès éditorial. Il serait bien imprudent d'y voir une nostalgie, un “désir de Hollande“, une sorte de revenez-y. Toute proportion gardée, si Landru ou Wienstein avaient, outre leurs méfaits, commis un livre, nul doute que le public friand de sensations malsaines, et qui frémit aux films catastrophe, se serait précipité sur leurs mémoires. Les no-success stories ont un attrait aussi incontestable que celles qui relatent une réussite. Nicolas Sarkozy à, lui aussi, connu un tel intérêt littéraire qu’il a interprété, bien à tort, comme le gage d’un retour en force politique.
“Je ne connais personne qui n’aime pas le Flamby“, aime à répéter François Hollande qui se revêt comme d’un habit de fête du surnom dont l’affubla Montebourg. Tout est dit. Peu importe qu’on le traite de benêt mou, ou comme Fabius de fraise Tagada, ce qu'il veut c’est être aimé. François Hollande n’a jamais digéré la décision de François Mitterrand qui l’avait écarté de tout poste ministériel au motif que c’était Ségolène Royal où lui, donc pas lui. Cette carence affective est, en fait, un narcissisme pathologique, car lui n’aime pas les gens. En privé, il moque les sans dents... sans doute Macron devait y penser quand il promettait de rendre gratuites les prothèses dentaires.
Derrière le bon gros rigolard, les Français ont perçu l’égoïste foncier, et ce qui est rédhibitoire le bricoleur incompétent à l’improbable boîte à outils. Pour se faire élire, François Hollande a joué les papa Noël. Les efforts que d’autres disaient nécessaires, il les niait, au profit d’un discours démagogique selon lequel il suffisait de faire payer les riches. On l'en croyait capable car il proclamait “Je hais les riches“ . Mais de fait, logiquement, il n'a fait qu'appauvrir la France. Ses promesses d’imposer les hauts revenus à 75% se sont révélées impossibles à tenir. En revanche, son matraquage fiscal a bien atteint les classes moyennes et n’a pas été pour rien dans l’aggravation du chômage auquel a également concouru sa politique d’augmentation du nombre des fonctionnaires. A sa décharge, on disait alors que la France avait fait le choix du chômage de masse, en tout sérénité puisque disait-on la privation d’emploi était indemnisée.
Quant au pied du mur des réalités l’élite dirigeante prenant peur devant le risque d'un tsunami d'extrême droite, l’a sommé d’opérer un « tournant », il s’est révélé incapable, car non crédible, de vendre ce revirement à 180 degrés. Il ne pouvait alors qu'être lâché par ses pairs qui le jugeant inapte et même nuisible l'on livré tout cru à un cruel Hollande bashing.
Quoi qu’il en dise, la renonciation de François Hollande à briguer un second mandat ne fut pas une décision personnelle, mais un licenciement pour incompétence prononcé à l’unanimité par tous ceux qui voyaient en lui un danger menaçant la pérennité de leur pouvoir et de leurs avantages. Ceux-là mêmes qui ont promu Emmanuel Macron. Mais ceci est une autre histoire.