Après vous…
- André Touboul
- 16 févr.
- 4 min de lecture

Chaque civilisation est une combinaison originale de culture, de morale et de lois, dans un environnement économique qui détermine un mode de vie. Mais il est une constante applicable à toute civilisation, c’est la civilité.
La civilisation peut ainsi se résumer à une formule de civilité : « après vous ».
Céder le pas. Sur le seuil d’une porte, dans une file d’attente, devant un guichet… certes, mais aussi ne pas user de sa position sociale ou de sa célébrité pour en tirer un avantage sur autrui, ou un passe-droit, est le fait d’un être civil. Mais cette civilité va plus loin, elle est la marque quotidienne de la civilisation. Car il s’agit, avant tout, dans la civilisation, de reconnaître, comme un devoir personnel, chez l’autre sa qualité de personne humaine, dans la plénitude de ses droits. Homage implicite à l’ordre social établi, le comportement urbain est par nature de droite.
Elle l’est bien entendu parce que la civilisation est un capital transmis qu’il faut préserver avec reconnaissance, alors qu’à gauche on ne pense qu’en termes de progrès à faire, et de remise en cause. Mais, elle l’est aussi du fait que, pour la droite, les devoirs sont premiers, quand la gauche parle d’abord et presque exclusivement des droits. La droite mesure les individus à l’aune de leur utilité sociale, la gauche se veut porte-parole des revendications.
La droite est une défense de l’individu contre le collectivisme, bien qu’elle ait le sens de l’intérêt général, s’il est national. Pour la droite, chacun mérite la protection de son libre arbitre, de sa liberté d’expression, de ses libertés, politique et économique. A gauche, les libertés sont d’abord des principes, et leur expression doit être de préférence collective.
Le peuple de droite, c’est le citoyen, qui seul dans l’isoloir exprime sa volonté quant aux choix collectifs. Le peuple de gauche est celui des droits acquis et de ceux que l’idéologie promet par la lutte.
Pour la gauche, la volonté légitime est d’origine collective, mais ce n’est pas celle de la majorité, c’est celle des minorités agissantes qui détiennent la vérité ; l’individu est un receptacle passif de droits que la société doit permettre d’assouvir sans limite ; ni celle de la protection d’autrui, (le droit à l’enfant et non de l’enfant), ni celle de l’intérêt collectif, (la gauche préfère le communautaire et l’universel au cadre de la nation ; elle a l’ambition de réformer la nature humaine). A droite, on pense que le bonheur qui s’enracine chez chacun fleurira pour le bien de tous. A gauche, on veut aussi le bonheur des gens, et l’on est prêt à le réaliser malgré eux.
Pour la droite, l’individu est d’abord un producteur de richesses ; pour la gauche, c’est un consommateur de biens, de services et surtout de droits. A droite, chacun protège son environnement immédiat ; à gauche, on se mêle surtout de celui des autres. L’homme de droite fait parfois le bien avec son argent, l’homme de gauche use essentiellement, à cet effet, de celui des autres, et sans modération.
La solidarité de droite est d’homme à homme ; à gauche, on organise des guichets impersonnels. Pour la gauche les masses sont aliénées et abruties, il faut les conscientiser, les éclairer, et somme toute penser pour elles. A droite, la vérité collective trouve sa source dans l’esprit de chaque individu ; le vrai, c’est le bon sens, celui d’une conviction née d’une expérience partagée.
Il existe un vocabulaire de droite et un autre de gauche.
La responsabilité individuelle est un concept de droite. A gauche, on parle d’excuse pour l’individu et de responsabilité collective. La gauche, on la reconnaît au fait qu’elle parle d’exclusion, de stigmatisation, et tremble à l’idée d’une possibilité d’amalgame… elle se veut inclusive, mais sans intégration. La droite vise à l’assimilation.
La repentance est de gauche, l’identité nationale à droite.
Le sexe est un mot de droite, le genre est celui de gauche. Invariant pour les uns, optionnel pour les autres.
Le bureaucrate est par nature de gauche, il gère les dossiers, il préfère les normes aux personnes. Pour lui, la loi est la volonté collective, donc nécessairement bonne. L’homme de droite pense d’abord à l’application concrète de la loi qui se révèle parfois absurde ou inadaptée, il n’est pas fait pour administrer les gens qu’il voudrait libres.
Ceux qui voient la personne humaine avant tout dans son individualité sont de droite ; à gauche, on privilégie le groupe ethnique ou religieux auquel on appartient.
Ceux qui, croyants ou pas, respectent les mœurs et coyances qui ne sont pas les leurs, pourvu qu’ils soient pacifiques, et eux-mêmes tolérants, sont à droite. A gauche, on ne croit en rien, mais on exige de tous qu’ils se prosternent devant les usages dogmatiques de ceux que l’on déclare opprimés, même s’ils sont de simples prétextes à division sociale. La gauche est pour le voile et féministe au point de rendre la langue française illisible. La droite est pour l’égalité des sexes, et par conséquent contre le voile des femmes.
La droite démocratique respecte les droits des minorités, la gauche se défie de la majorité qu'elle taxe de populiste.
Pour la gauche, l’Etat de droit est un formalisme absolu et supérieur administré par des magistrats indépendants, alors qu’à droite on réclame que les juges soient plus impartiaux qu’indépendants, l’impartialité exigeant que l’on regarde la réalité en face, telle qu’elle est et non telle que l’on voudrait qu’elle soit. Pour la droite, réformer la société est la mission des élus, et non des juges, gardiens du droit qui est par définition conservateur d’un ordre social.
Si vous avez lu ce qui précède, vous savez si vous êtes de droite ou de gauche… et nul doute que vous ne disiez plus souvent « après vous » que « moi d’abord ».
Parfait!
Cher ami ,
Après vous je ne saurai que dire.