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Trump, le va-t-en-paix ou RIP ?

  • Photo du rédacteur: André Touboul
    André Touboul
  • 8 mars
  • 4 min de lecture



« Dans la vie,  il y a ceux qui ont un pistolet chargé, et ceux qui creusent », avec raison, Vincent Trémolet de Villers  cite Sergio Leone dans un éditorial. Ajoutons que le résultat le plus immédiat de la politique menaçante de l’oncle Donald aura été de recharger le pistolet de ceux qui sont censés creuser, c’est à dire les européens. Et le pire, c’est avec des armes qu’il leur vendra qu’ils vont se réarmer.  Lénine aimait à le dire : « les capitalistes nous vendront la corde avec laquelle nous les pendront ».


Le plan européen de 800 milliards d’investissements dans la défense pourrait dans un  premier temps profiter au complexe militaro-industriel US, mais très vite, instruits par la rupture de l’aide américaine à l’Ukraine, les Européens, feront le choix de l’autonomie.


Ainsi, la machine productive européenne se relancera dans l’industrie de l’armement. Avec deux effets. Un coup de fouet à l’activité économique sur le vieux continent. Une opportunité de reconversion de l’industrie automobile aujourd’hui en panne. Déjà, l’Italie de Meloni annonce la couleur avec des mesures au profit de son conglomérat de production militaire Leonardo. Nul doute que l’industrie allemande ne mettra pas longtemps à se ruer sur cette opportunité, qu’aucun droit de douane ne menacera. Souhaitons que la France ne rate pas ce train du développement.


Dans cette conjoncture Emmanuel Macron a fait le boulot. Ses opposants seraient bien avisés de le reconnaître. En  persistant dans une critique malveillante et malsaine du chef de l’Etat, ils se rapetissent.


Le seul reproche que l’on pourrait faire au Président de la République est de n’avoir pas expliqué pourquoi la Russie est notre ennemi. La raison ne peut se limiter à la personne de Vladimir Poutine. Plus profonde est la nécessité ressentie  par la Fédération de Russie d’agréger le plus possible de populations russophones et plus généralement slaves. Le monde slave est un réservoir de 300 millions d’âmes dont seulement 100 millions en Russie. Dans ce projet qui rappelle le pangermansime d’une certaine époque, l’Union Européenne, du fait de sa force incontestable  d’attraction, est l’ennemi à abattre. Ainsi la France n’est pas ennemie de la Russie, mais la Russie est l’ennemie de la France dont l’Union Européenne est, quoi que l’on pense sur ses imperfections et la souveraineté, l’espace vital, commercial et monétaire.


Les esprits chagrins diront qu’accumuler les armes conduit à la guerre. On leur répondra que le fait que l’Europe soit un troupeau de proies sans défenses, excite l’appétit des prédateurs qui précipite les agressions. C’est ce à quoi l’on assiste aujourd’hui.


Ainsi, Trump, qui pousse les Européens à se défendre eux-mêmes, pourrait se révéler un va-t-en-paix providentiel pour l’Europe.


Le Président américain n’est cependant pas un pacifiste, son arsenal est simplement différent, il s’agit d’armes de destruction massive :  les droits de douane.


Ces taxes sont semblables au nucléaire. Absolument efficaces pour la dissuasion, stupides quand elle sont employées. Elles se retournent inévitablement contre celui qui en fait usage, car supportéehs par sa propre population.


Les intellectuels de droite américains soutiennent Trump  en se bouchant le nez, considérant qu’il est un  mal (ou mâle) nécessaire pour mettre le holà à un wokisme débridé en passe de détruire la société américaine. En d’autres termes Trump serait un  lavement. Mais Diable, que le clystère est désagréable !


Pour l’Ukraine, le discours de Trump sonne plus comme un RIP (Rest In Peace) à inscrire sur les tombes, que comme une promesse de paix, à moins que celle-ci soit éternelle, la paix des cimetières.


Depuis qu’il a échappé d’un cheveu à un attentat, Donald Trump s’est déclaré persuadé d’avoir été protégé par Dieu pour une raison précise. Cette mission, il l’accomplit avec gravité. La mine renfrognée qu’il affiche dans ses apparitions télé, dans le bureau ovale, et jusque dans sa photographie officielle de Président, contraste avec le sourire narquois et les mimiques de danse qu’il affectionnait avant.


Prophète en son pays, il va plus loin que les « faits alternatifs » qu’il proposait. Sa bouche est celle de vérité. Toutes les idées qui lui passent par la tête sont pour lui absolues et légitimes. Jusqu’aux plus étranges comme celle de créer une Riviera à Gaza qui n’est pas la plus saugrenue.


Certes, plusieurs annonces ont un semblant de rationalité, comme mettre la main sur le Groenland ou reprendre le contrôle du Canal de Panama. Mais d’autres sont farfelues, comme l’annexion du Canada, comme s’il s’agissait d’un territoire vierge. Certes, la superficie du Canada en fait le deuxième pays du monde derrière la Russie, et si elle était réunie à celle des Etats-Unis l’ensemble prendrait la première place. Mais, le Canada est aussi une nation de 40 millions d’âmes. L’effet immédiat des menaces de Trump aura été de remettre en selle le parti Libéral de  Trudeau.


L’abandon par les Etats-Unis de l’Ukraine, après celles de Kurdes, puis des Afghans, convaincra les Taïwanais qu’il est urgent pour eux de négocier un retour pacifique à la Chine.


Le monde selon Trump est une déconstruction dont les peuples sont absents et nul ne peut prévoir aujourd’hui quel en sera l’aboutissement. Hélas, on sait qu’il est rare que l’éléphant sorte du magasin de porcelaine, en le laissant dans un meilleur état que celui qu’il a trouvé en entrant.






 
 
 

1 Comment


p
Mar 10

Il semble toutefois que la proposition "bizarre" de D Trump sur Gaza ait pour résultat d'obliger les pays arabes de la région à proposer de s'occuper eux-mêmes de la reconstruction; résultat pour les USA, pas de troupes ni de $ à envoyer. Bien joué Donald!

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