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Une nouvelle donne

  • Photo du rédacteur: André Touboul
    André Touboul
  • 22 mars
  • 6 min de lecture



Il y a quelque temps on prédisait dans les médias mainstream un second tour des prochaines présidentielles entre Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon.

L’un et l’autre paraissent aujourd’hui mal en point. Pour des motifs et à des degrés différents.


Marine Le Pen s’est dédiabolisée, mais elle doit affronter une contradiction programmatique qui la disqualifie. Mélenchon (21,95% des votes au premier tour de 2022, apparaissant alors comme le patron de la Gauche), est devenu infréquentable à force de provocations immondes.


On peut résumer le sort de la première en un « choix de Sophie » qui se transforme en mésaventure de Perrette, et celui du second en un nouveau chapitre de La Nausée, que Sartre n’aurait pu imaginer. Quand au reste de la horde des prétendants à la magistrature suprême, le trop plein apparent est en vérité un vide en trompe l’œil.

  


Le choix de Sophie


Le réel obstacle que Marine Le Pen rencontrera sur le chemin de la Présidence de la République, n’est pas une condamnation à l’inéligibilité assortie de l’exécution provisoire. En effet, en matière pénale l’application, en cas d’appel qui par définition met le jugement à néant, est réservée aux décisions nécessaires à l’ordre public. Le vice, dont est affecté le texte sur la base duquel elle est poursuivie, est de déclarer automatique l’exécution immédiate de l’inéligibilité, sauf motivation particulière pour l’écarter par une raison de contredire l’automaticité de la loi dont on ne voit pas quelle elle pourrait être.


En inversant la règle qui donne au juge l’appréciation libre de l’ordre public qu’elle présume, le législateur a violé le principe de la personnalisation du droit pénal. Le Conseil Constitutionel devra dans sa décision à venir le 28 mars, sur une autre affaire, censurer la loi sur ce point. Certes, si le Conseil annule l’automaticité, le juge de première instance pourra toujours prononcer une exécution provisoire, mais il devra la motiver, et, en l’espèce concernant Mme  Le Pen, l’argument de l’ordre public serait évidemment en sens contraire. Il est savoureux que l’avenir politique de la patronne du RN dépende des principes de l’État de droit, qu’elle ne manque jamais une occasion de fustiger.  Il est possible que les « sages » de la rue Montpensier aillent plus loin que sus-dit, et interdisent toute exécution provisoire. Cela serait le signe d’un renvoi d’ascenseur par Richard Ferrand qui doit sa présidence  à l’absence d’opposition du Rassemblement National à sa nomination.


Le danger pour Mme Le Pen est ailleurs. Dans le roman éponyme de William Styron, le « choix de Sophie » est tragique et insoutenable entre deux impossibilités. Elle doit décider entre ses deux enfants : celui qui est tué immédiatement et celui qui continue à vivre.


En un sens, c’est  à un dilemme de ce genre qu’est confronté le parti de Marine Le Pen. D’un côté, il se déclare opposé  fermement à toute immigration, et, de l’autre, il exige l’abrogation de la réforme des retraites de 2023, le tout sans sacrifier le pouvoir d’achat.  Or, le  bon sens le plus évident montre que la seule et unique façon de ne pas travailler plus tout en continuant à consommer autant, c’est d’importer une main d’œuvre sous-payée.


Bien entendu, le choix est cornélien, car l’immigration massive induit des conséquences sur la sécurité et sur l’équilibre social, ainsi que sur l’estime que la population se porte, que l’on peut résumer par l’insécurité identitaire.


A l’opposé, la fermeture des frontières suppose un effort accru de la population active, du simple fait que celle-ci est dans un  rapport décroissant avec celle des retraités.


Le choix de Sophie du Rassemblement National, qui pouvait faire illusion dans l’opposition,  a dépassé le stade du grand écart. Et plus l’exercice du pouvoir se rapproche, plus il devient impossible à opérer, tout autant que nécessaire, car une immense majorité des Français est désormais convaincue que l’effort de réarmement va peser sur la question des retraites. 75 % des Français estiment que la France est menacée par la Russie.


En Italie, Georgia Melloni a subtilement négocié cette contradiction en bifurquant sur l’immigration choisie, et en s’acheminant vers la retraite à 70 ans. Mais elle n’avait jamais commis l’imprudence de promettre le contraire.


En 2017, Marine Le Pen a viré de bord sur l’euro qu’elle voulait abolir. En 2022, elle a « bougé » sur l’Union Européenne qu’elle promettait de quitter. Ces deux trous d’air dans son discours n’ont pas été pour rien dans ses défaites. Il lui faudra, en 2027, renoncer à l’immigration zéro, ou aller vers une augmentation de l’âge de départ, au  delà de 65 ans.


Certes, on dira qu’en politique seuls les imbéciles ne changent pas d’avis. Mais que restera-t-il du Rassemblement National, et du lepénisme ? Ses marqueurs auront disparu, à l’exception de la promesse de plus de sécurité, mais sur ce terrain la Droite classique a fait le  chemin et rompu ses liens  avec la doxa de gauche qui lui liait les mains.


Si Marine Le Pen se  refuse à affronter le choix  de Sophie, elle fera sans le dire celui de Perrette, qui est de se promettre  le lait, le beurre et l’argent du beurre, et pourquoi pas le tablier de la crémière, mais alors, alors… « Adieu veaux, vaches, cochons, couvées ! ».



La nausée


Mélenchon, le nouveau visage de la « bête immonde ».  Dans l’épilogue de La Résitible Ascension d’Arturo Ui, Bertold Brecht écrit « le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde ».Dans le texte original, en Allemand, Brecht ne parle pas de « bête immonde », mais écrit « d’où c’est sorti en rampant ».


Il est frappant de constater que l’antisémitisme de Mélenchon et des LFI  s’insinue en  rampant. Ils l’on prouvé par une série de déclarations d’abord habiles. Mais de moins en moins ambiguës, depuis le 7 octobre. Et une fois encore (de trop, ad nauseam) en relançant la campagne d’affiches anti-juives du régime de Pétain ; celle qui caricaturait « le Juif », cette fois en utilisant le faciès de Hanouna, déformé par une IA.


Interrogé à ce sujet , Mélenchon a perdu ses nerfs, et enjoint au journaliste de se taire, rappelant le temps où Georges Marchais s’écriait « Taisez-vous, Elkabach ! ». Le masque est jeté. Les grandes envolées républicaines du chef des LFI ne prêtent plus à rire, mais à vomir.  On l’a compris, la République, pour ce personnage, c’est lui, uniquement lui, et certainement pas les Français et  encore moins les Français juifs. Le voici qui écrit un nouveau chapitre de la nausée, au sens où elle surgit de ce qui est nauséabond.



La nouvelle donne ne se limite pas aux extrêmes.


A gauche, Glucksman se ridiculise en demandant que les Etats-Unis restituent à la France la statue de la  Liberté ; c’est mesquin, on ne reprend pas un cadeau. Au centre droit, Edouard Philippe, nouvel Alain Juppé, tente de faire oublier qu’il fut  le Premier Ministre responsable des Gilets Jaunes ; il se démène, comme Diable en bénitier, mais il suffira à ses adversaires pour le disqualifier de demander aux électeurs s’ils veulent un troisième mandat Macron. Quand à Villepin, la nouvelle baudruche des médias, le sans parti, artisan de la dissolution de 1997, que Mme Chirac avait surnommé Néron, et que certains comparent à Mélenchon (?), sorti de nulle part, il y retournera ; déjà 87 % des lecteurs du Point considèrent qu’il ne ferait pas un bon candidat, ce qui relativise les autres sondages.


La montée des périls dont, comme Jean Le Bon à la bataille perdue de Poitiers en 1356, il faut se garder au sud ( vague migratoire), se garder à l’est (agression russe), mais aussi se garder à l’intérieur (islamisme, narcotrafic, insécurité), comme de l’effondrement des services publics (santé, enseignement), invitent à renforcer d’urgence  l’autorité de  l’Etat, si l’on veut échapper aux dérives et désagréments d’un régime autoritaire.


Les  solutions aux problèmes du temps présent ont migré des gauchistes de Terra Nova aux raisonnables de l’Institut Montaigne. L’heure n’est plus aux réponses de gauche qui paraissent d’un autre âge. Depuis que la France penche vers la droite, il devient urgent que les politiques ouvrent les yeux et y aillent franchement. La Gauche française est trop prisonnière de son idéologie pour faire son aggiornamento, comme on le constate au Danemark. C’est vers une Droite claire et nette que le corps électoral doit compter. Reste à régler la question de l’incarnation. A cet égard, le bras de fer avec l’Algérie sera déterminant.



 
 
 

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